Une photo à Montevideo
Patrick Deville
« Certains livres - et peut-être celui-ci - choisissent eux-mêmes l’asile de nos bibliothèques. Demi-dieux un peu emmerdeurs, ils sont alors capables, pour parvenir à leurs fins, de manipuler les humains et de susciter pour nous ces hasards qu’en vertu d’une sorte d’accord tacite nous préférons souvent passer sous silence (...) »
Si on a lu Pura Vida, on connaît le goût certain de Patrick Deville pour les histoires de « Beautiful Loosers » surtout lorsqu’elles ont cette allure de tango fatal que produisent si bien certains recoins des Amériques dites latines. Ici, c’est à Montevideo qu’une vieille photo ouvre la piste. Mais, avant, il y avait eu un de ces livres « demi-dieux un peu emmerdeurs » qui sont capables « pour parvenir à leurs fins, de manipuler les humains et de susciter pour nous ces hasards qu’en vertu d’une sorte d’accord tacite nous préférons passer sous silence ». De l’évocation de ce livre ancien par « une jeune anglaise, blonde et fragile » à sa découverte à l’étal d’un bouquiniste uruguayen, et de la photo de cet homme, pistolets en main, d’abord négligée puis acquise pour « la somme considérable de cinq cent pesos », un lent manège se met en mouvement sur lequel bien sûr, embarquent les passions, celles que l’on éprouve pour les femmes ou les armes à feu, celles des luttes contre les dictatures ou de la quête de raisons de vivre « soldées, mais en assez bon état ». Et tout cela avançant au rythme plutôt nonchalant de quelques errances le long des eaux froides de l’arroyo del Miguelete « finit par tricoter le chandail de la vie et vous habille pour l’hiver ». Mais entre temps, de ces « Smith & Wesson de même calibre, sortis de quelque coffret tapissé de feutre rouge », une balle aura été tirée.
Gérard Lambert-Ullman (Librairie Voix au chapitre, Saint-Nazaire)
Entretien avec Patrick Deville sur le site des éditions du Seuil
Une photo à Montevideo Vie & mort de Baltasar Brum est encore disponible dans les librairies Initiales. N’hésitez pas à le demander !
Initiales, le 29 novembre 2007