Le syndrome d’Ulysse
Santiago GAMBOA
éd. Métailié
Traduit de l’espagnol (Colombie) par Claude Bleton
368 pages
21 €
Un certain Esteban
« Au fond, Paris est une énorme métaphore » disait Grégorovius dans « Marelle » de Cortazar. En quelque sorte, ce que représente cette ville est au-delà des mots. Elle est construite des espoirs et des désirs des gens qui de toute part la rallient pour y vivre ce qu’ils pensent être leur destin. Qu’ils soient africains, roumains, marocains, sud-américains, qu’ils fuient la misère, une dictature, un carcan familial ou simples étudiants qu’ils y cherchent savoir et inspiration, Paris devient pour eux à la fois une patrie d’accueil et une source intarissable de désillusions.
Esteban est le narrateur de ce roman, c’est un étudiant colombien venu à Paris pour des études de littérature, il est le seul ou presque de cette histoire à être là de son propre gré. Il se veut écrivain, mais son besoin d’écrire est moins impérieux que son désir de vivre, d’agir, de jouir. Il fait en quelque sorte de son expérience le réservoir d’une œuvre à venir. Il croise poètes, prostituées, écrivains, égoutiers avec la même candeur, le même délice.
Ses héros sont Cioran, Henri Miller, Juan Goytisolo... tous écrivains connaisseurs des hommes qui ont vécu dans la capitale. Si lui n’a encore rien publié, rien couché sur le papier, il a le don d’écouter et son oreille devient le déversoir des histoires de ses compagnons de misère, Jung le coréen, Susi l’africaine, Saskia la roumaine... sans-papiers, exploités, vivant d’expédients, ils se racontent sans jamais se départir d’une joie de vivre, d’un optimisme qui est leur dernier bastion. Gamboa mélange avec bonheur dans ce roman les genres littéraires : roman initiatique, policier, sentimental, érotique voire, avec un goût évident pour l’outrance, carrément pornographique.
Le style est enlevé, les situations passent du tragique au cocasse avec la même verve. Ses personnages sont des déracinés qui se contentent des maigres bienfaits qui passent à leur portée, prêts à donner ce qu’ils ont, ce qu’ils sont pour réconforter un frère d’exil.
Michel Edo, librairie Lucioles
Lucioles - Vienne, le 19 décembre 2007