Bic et autres shorts
Vitaliano Trevisan
éd. Verdier
11, 50 €
Si le narrateur du précédent livre de Trevisan comptait ses pas en tentant de s’approprier le monde extérieur, les nouvelles que composent ce recueil de nouvelles révèlent à l’inverse un monde intérieur et une tentative de saisir ces impressions fugaces qui s’estompent à peine essaye-t-on de les nommer.
Car, c’est bien le langage qui est au cœur de ce livre bâti sur une cinquantaine de récits très brefs, mettant en scène tantôt un sentiment, une action et tantôt un souvenir, une vie passée. Entre conte philosophique et expression du Moi, Trevisan rend compte du déracinement, de la solitude, du travail, de l’impasse du monde moderne en mettant en mots ce que ces thèmes provoquent au plus profond de l’Homme. Les protagonistes sont des êtres blessés, perdus dans un monde qui les dépasse.
La forme est musicale, rythmée, scandée. Le terme « short » est directement lié à la musique puisqu’il désignait, dans les années quarante, ces courts métrages qui présentaient des morceaux de jazz. On retrouve dans ces textes ce mélange de construction rigoureuse et de liberté aventureuse, d’improvisation libre.
Ainsi, le nouvelle éponyme Bic est chargé de sens : un célèbre musicologue s’apprête à rédiger le dernier chapitre de son livre consacré à Keith Jarrett lorsqu’il part à la recherche de son briquet. Par un jeu d’échanges entre fumeurs, il est maintenant en possession d’un Bic d’une couleur verte jamais vue auparavant. Partant à la découverte des origines de ce briquet, notre musicologue disparaîtra dans le vaste monde. Pourtant, son essai, incomplet, sera publié. Et restera une analyse de référence quant à l’interprétation de Keith Jarrett…
Renaud Junillon, librairie Lucioles.
Lucioles - Vienne, le 15 janvier 2008